Vision du futur...

Publié le par SOS égalité

Un point de vue trouvé sur lemonde.fr le 7 janvier 2010 résume de façon humoristique la dangereuse dérive vers la discrimination positive que la France connaît actuellement :





France, année 2025. Que ce fut dur ! Mais finalement, le lobbying de la droite libérale et de la gauche communautariste a payé. Désormais, les équipes de football de division d'honneur auront droit à un quota d'accès de 30 % à la sélection de l'équipe de France.

Il y a bien eu quelques protestations, ici et là. Mais le président de la République et ses ministres avaient bien rodé leur rhétorique, portés par plus de quinze ans de pratique quasi générale en haut lieu. Toute contestation de ce nouveau mode de sélection des joueurs était déclarée "profondément choquante".

 

Les joueurs de football de division d'honneur ne sont-ils pas aussi méritants que ceux de Ligue 1 ? Sont-ils moins capables de courir, moins dignes ? Non évidemment ! Alors pourquoi faudrait-il perpétuer cette pratique scandaleuse qui consiste à ne recruter les meilleurs que parmi les clubs de Ligue 1 ?

La France populaire, nourrie de jeux télévisés rassembleurs et de fast-food informatique numérique, applaudit en majorité. Après tout, les clubs de division d'honneur étant bien plus nombreux que les clubs de Ligue 1, pourquoi leur refuserait-on l'accès à la sélection nationale ? Les intellectuels français bien en vue et bien en cour se réjouissent, pour la plupart. Quel bonheur d'engranger, au travers de cette décision symbolique, les dividendes de quinze années de combat pour la justice !


Cela avait commencé dès 2010, lorsque le gouvernement et ses affidés avaient décrété que 30 % des étudiants boursiers devraient obligatoirement réussir les concours d'entrée aux grandes écoles, au grand dam du principe républicain d'égalité d'accès au concours (boursier ou non, Blanc ou Noir, fille ou garçon, les critères d'entrée sont les mêmes).

Beaucoup avaient alors protesté, osant jusqu'à suggérer qu'il s'agissait d'une solution antirépublicaine. De misérables pisse-froid, justement brocardés par Richard Descoing sur toutes les radios, s'étaient même permis de dénoncer une mesure démagogique et bon marché, qui cache derrière de grands mots un trivial souci d'économie. Il est moins coûteux d'établir des quotas pour les défavorisés dans les concours, que de lutter en amont contre les discriminations sociales par un encadrement scolaire plus ambitieux et un système renforcé de bourses.


Mais la révolution vers la justice a suivi son cours. Une fois réglé le sort de l'école républicaine, on s'est attaqué à d'autres domaines. En 2014, des pressions croissantes sur la Fédération française de football avaient conduit à diversifier le recrutement des sélectionnés de l'équipe de France à tous les clubs de Ligue 1, renonçant au favoritisme scandaleux qui voyait les grands clubs privilégiés par rapport aux petits. En 2019, ce fut le tour de la Ligue 2.

Désormais, l'équipe de France est plus juste et belle que jamais : avec 30 % de recrutés au niveau division d'honneur, quelle meilleure image de l'excellence du modèle français ? Que les grincheux prennent garde : gare à eux s'ils osent protester au cas où la France perde 12 à 0 contre le Brésil à la prochaine Coupe du monde ! Toute allusion à une baisse de niveau à cause des nouveaux quotas de sélection sera poursuivie devant les tribunaux comme "profondément choquante".

Sébastien Fath est historien, chercheur au CNRS (laboratoire Groupe sociétés religions laïcités), ancien élève de l'Ecole normale supérieure lettres et sciences humaines.

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David 14/02/2010 20:38


Votre texte est très amusant mais il dit également la vérité. Si on continue comme ça, on finira par faire des lois aussi absurdes. Pourquoi pas la parité dans les équipes de football aussi, tant
qu'on y est. Il faudrait pour cela que les gouvernements arrêtent de faire des concessions à de soi-disantes minorités qui ne sont pas aussi minoritaires que cela puisqu'on leur concocte des lois
sur mesure alors que les citoyens français doivent se débrouiller tout seuls, et dieu sait qu'ils sont seuls. A quand un président qui rendra le travail aux travailleurs ? Car c'est de cela qu'il
s'agit : le sens et la valeur du mot travail. Car, maintenant, il n'y a plus besoin d'être compétent pour pouvoir postuler à un poste, il suffit de rentrer dans les quotas, et il y en a de plus en
plus. Mais le travail, il n'y en a pas de plus en plus.


Marc 09/01/2010 22:20


Bien ficelé et démontre l'absurde du projet porté par des communautaristes. Je crois nettement plus républicain de faire porter l'effort de la sélection dans les classes amont des prépas.


Pierre 08/01/2010 17:15


Il faudrait tenir le même raisonnement avec l’assemblée nationale, grande institution française.

Ainsi , dans les années 2025, nous aurions une assemblée nationale qui ressemblerait à l’équipe de France.

Et cahin-caha la France sombre dans la nullité.


gagnaire 08/01/2010 16:17


cette discrimination positive est scandaleuse, parents de trois enfants, nous avons tout fait pour les élever dans le respect et la dignité leur inculquant les valeurs de la république nous nous
sommes trouvés dans la situation où nous avions 1500 euros de crédits payés pour vivre. Aujourdh'hui, mes enfants ont 16 , 17 et 31 ans ils ne fument pas ne se droguent pas ne boivent pas, n'ont
jamais volé, sont appréciés par le voisinage, passent pour des enfants bien élevés. Aussi je n'accepte pas que dès lors qu'ils vont se présenter pour un travail ils risquent de se voir rejetés au
pretexte qu'il faut laisser la place à des jeunes destructués dont les parents n'ont fait aucun effort pour les élever dans le respect des règles. Ce gouvernement a créé l'inégalité positive avec
la prime à la racaille.


Louis32 08/01/2010 14:32


Excellent ! Tout est dit et en plus c'est drôle. Merci à votre association très salutaire !